Going Vietnam
4 juin 2015

diana23
Portrait d’un pays communiste à l’heure de la globalisation.
Tradition, histoire récente et consumérisme de masse… influences mêlées le long des rizières du Nord.

 

 

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David Giancatarina n’a de cesse de questionner la validité du mot « document ».
Dans sa série sur le paysage urbain, il enregistre et condense le caractère volatile de la ville mondiale, en- trelacs d’adaptations, d’errements et de cohabitations. En pointant ces espaces échappant à la planification, à la mainmise des architectes sur le bâti, Giancatarina entraîne à sa suite la forme documentaire vers une esthétique de l’inutile dont le dérisoire, voire l’humour, malmènent avec bonheur la solennité empesée du document. Par la suite, il interroge avec la même impertinence la notion de « monument historique ». Classer un monument s’apparente à l’acte photographique : il s’agit de figer, d’extraire du temps la chose vue, de l’éterniser idéalement. Giancatarina secoue cette illusion et avoue leur pathétique enracinement dans l’ici et maintenant, trouvant la faille, mettant à nu les stigmates du présent, du temps de la prise de vue. Son travail en cours sur la Provence vise quant à lui à soumettre cette pittoresque région de France aux attaques en règle d’un questionnement sur le stéréotype. Confronter le prestige mondial de la « marque » Provence à la banalité, inévitable, est un autre de ces défis dont DG se délecte. Piétinant avec jubilation le cliché, il le traîne dans les affres d’un quotidien auquel nul n’échappe. Même la Provence est sauvagement moderne ! Errant dans un paradis artificiel où chaque élément se côtoie sans se préserver aucunement, Giancatarina fait payer le prix fort au romantisme et aux congés payés.Quant au travail présenté dans ces pages, il a été réalisé au Vietnam. Le pays pris pour cible est sommé ici de se démasquer : comment diable globalisation et communisme peuvent-ils cohabiter ? Giancatarina débusque l’alléchant paradoxe et nous entraîne sur ces rocades qui mènent aux aéroports, et finissent si souvent en cul-de-sac. Toutes les frictions s’y produisent : traditions épuisées et progrès en trompe l’oeil. Là-haut, perchées sur leurs pylônes, presque plus haut que les nuages, les Marques rayonnent dans la lumière aveuglante de la victoire. Elles sont branchées sur un réseau électrique qui ne tombe jamais en panne. Et la nuit, elles n’attirent pas que les pâles phalènes. Sous la gloire de leurs quartz crépitants dorment les paysans, leur dos enfin droit, leur chapeau pointu renversé. A eux la lourde charge de donner l’échelle du paysage.

Alain Willaume